Journal d'un expatrié chinois

Tchad, le pays oublié ?

• Article publié le : 14 mai 2009. Traduit du chinois par Jiajia WANG

Comme tout le monde le sait, il n’est pas facile de vivre en Afrique. C'est d'autant plus vrai dans l’ouest du continent, de surcroît pour des étrangers qui y travaillent pour la première fois. De tous les pays où j'ai pu vivre, c’est la vie amère mais aussi enrichissante du Tchad qui me vient d'abord à l'esprit.

Le Tchad se trouve aux confins du Sahara. Géographiquement et culturellement, il constitue un point de passage entre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire. Il est sans doute un des berceaux de l’humanité. La capitale N'Djamena, mon premier port d'attache en Afrique, est le centre politique et économique du pays.

Ceci étant, toutes les routes de N'Djamena sont défoncées, à l'exception de l'artère goudronnée qui relie l’aéroport au centre ville et sur laquelle se trouve la « Maison Blanche » tchadienne. Les autres – toutes bourbeuses – ne ressemblent pas vraiment à des routes. C’est encore pire quand il pleut. Les bureaux de mon entreprise sont heureusement à proximité de cette artère salutaire. Il s'agit d'un bâtiment comportant trois étages, gris, sobre, simple. Mais cela suffit pour qu'il se distingue des maisons alentours, faites de terre et d'herbes. Il y a sept expatriés permanents dans notre bureau. En effet, ce bâtiment est multifonction : il est destiné non seulement au boulot, mais aussi au dodo !

Les coupures d'eau et d'électricité nous angoisse

Les coupures de courant et d’eau sont très fréquentes. En plus, elles ont toujours lieu simultanément, ce qui nous énerve et nous angoisse, notamment du fait du climat tropical. Nous prions tous les jours pour que la coupure du lendemain soit plus courte. Cependant, la plupart des Tchadiens n’ont même pas d’accès à l’électricité. J'ai une anecdote à ce sujet : le directeur du bureau avait offert comme cadeau à un ministre local un téléphone portable. Quelques jours plus tard, ce ministre a renvoyé le portable et nous a prié de charger la batterie pour lui !

Les matelas ont été achetés sur place mais la qualité est loin d’être satisfaisante. Ils sont tellement mous que nous nous enfonçons quand nous nous jetons dessus et laissons un grand trou à notre place le lendemain matin, comme si nous avions dormi par terre. Certains camarades qui ne supportent plus ces matelas ont fini par mettre une porte dessus, recouverte de draps et de couvertures. Beaucoup plus stable et confortable !

« Il cherche dans la poubelle la nourriture que nous avons jetée »

Nous avons notre propre cuisinier chinois. On l’appelle le chef XU. Mais les plats qu’il prépare ne sont pas terribles… Ce n’est pas par incompétence, mais parce qu’il a très peu de denrées alimentaires à sa disposition. Il n'y a pas de supermarchés chinois à N'Djamena, où l'on puisse se procurer des sauces nécessaires pour la cuisine chinoise typique. On n’a pas de choix : bœuf mijoté aux pommes de terre et aux tomates. En effet, le bœuf et le mouton ne sont pas chers alors que les légumes sont onéreux !

Le chef XU, un homme d'une quarantaine d'années, est une personne très agréable. Il nous dit que les conditions de travail se sont beaucoup améliorées. A son arrivée au Tchad, il y a cinq ans, il n’y avait ni d'accès internet ni télévision ni journal ! Le soir, comme il ne savait pas quoi faire, il s'enfermait dans sa chambre pour méditer. Maintenant, on a non seulement un accès internet, mais on capte aussi les chaînes chinoises comme CCTV 4 à la télévision.

Mon entreprise a employé un gardien tchadien. Il habite au rez-de-chaussée de la maison. Tous les soirs, il met un tapis dans la cour, s'agenouille et commence à prier. Mais on ne l’a jamais vu manger. Un jour, j’ai posé cette question à un camarade. Il m’a répondu : « lui, il cherche dans la poubelle la ‘nourriture’ que nous avons jetée. En principe, c’est lui qui trie les ‘ordures’ en premier, et puis il laisse le reste aux enfants des rues. » Mon camarade m’a raconté cette histoire de manière très calme, mais moi, j'étais choqué ! Parce que je me plains sans cesse des plats banals, mais j'ignore que la misère est à nos portes. Egalité ? S’ils avaient eu le choix, auraient-ils choisi une vie aussi humiliante ? Ils sont nés dans ce coin oublié, et ce n’est pas de leur faute. Mais alors, la faute à qui ?

Notre opérateur M est un des plus grands groupes internationaux dont le siège est basé en Europe. Leur PDG expatrié au Tchad est un Blanc d'origine européenne. Nos rencontres se tiennent souvent dans son bureau, dans un bâtiment sur deux étages. C’est un homme sérieux, scrupuleux, honnête mais aussi plein d’humour. Il a un parcours académique et professionnel assez remarquable. Il aurait pu trouver un emploi dont les conditions de travail sont meilleures qu’ici. Mais il a décidé de vivre à N'Djamena avec sa famille – son épouse et ses deux enfants. Peut-être la rémunération est-elle plus « alléchante », mais c’est un autre monde où il y a des conflits imprévus, des maladies mortelles. Serait-il au Tchad uniquement pour l’argent ?


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http://www.tianya.cn/techforum/content/516/30400.shtml



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